LA VACHE FOLLE

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La politique du risque : le cas de l'ESB

Par le Professeur Rudolph KLEIN

King's Fund, London W1G OAN

Il y a deux façons de lire le rapport Phillips, sur la manière dont une épidémie du bétail est devenue un risque sanitaire très grave pour le grand public, d'autant plus inquiétant en raison des incertitudes sur le nombre de morts pouvant lui être attribué.

La première est d'étudier la politique qui a été adoptée depuis 1988, lorsque l'encéphalite spongiforme bovine (ESB) fut identifiée pour la première fois chez les bovins, et 1996, lorsque la relation avec le nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (vCJD) chez l'homme fut officiellement reconnue, comme un modèle de comportement exemplaire de la part gouvernement britannique.

L'autre est de considérer le rapport comme une condamnation de cette politique : apporter la preuve de l'incapacité du gouvernement à réagir avec suffisamment de célérité à une tragédie en train de se produire.

Le rapport Phillips apporte de l'eau au moulin des deux interprétations. D'un côté, il conclut "En raison de la prise de bonnes décisions, l'ESB est aujourd'hui en passe d'étre prochainement éradiquée, et des millions de personnes ont été bien protégées des risques inhérents à l'ingestion de produits et de sous-produits de la vache présentant un danger potentiel". De l'autre, il apporte la preuve des échecs dans l'exécution de cette politique. Plus particulièrement, il montre qu'il y eut des retards dans les prises de décisions et, pire encore, un manque de rigueur dans leur mise en application : plus particulièrement, le contrôle et la réglementation des abattoirs et des usines de traitement des déchetsa été trop peu rigoureux. Enfin, le Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et de laPêche a été trop lent à impliquer le Ministère de la Santé, réfléchissant ainsi une répugnance plus générale à reconnaître le risque de transmission de l'ESB à l'homme.

Le rapport Phillips pose ainsi un certain nombre de questions sur la façon dont les gouvernements devraient prendre en mains le rique à l'avenir, et la conduite à adopter en face de risques potentiels, difficiles à évaluer en l'absence de preuves irréfutables. La première concerne l'application du principe de précaution : doit-on faire en sorte que tout risque potentiel soit écarté, quel qu'en soit le niveau et la probabilité, et quel que soit le coût de la prévention? La seconde est de savoir jusqu'à quel point un gouvernement peut se baser exclusivement sur l'avis des experts qu'il s'est choisi lui-même, ignorant celui de scientifiques dissidents qui mettent en cause l'orthodoxie qui prévaut à un moment donné? Comment empêcher le danger de la "pensée unique" (groupthink), les preneurs de décisions et les conseillers s'efforçant d'atteindre l'unanimité et cachant les avis discordants? La troisième est de savoir si le risque doit être communiqué au grand public, cette question étant celle avec laquelle le rapport Phillips se montre le plus soucieux, négligeant quelque peu les deux premières.

Dès 1988, un fonctionnaire du Ministère de l'Agriculture remarquait : "Nous ne connaissons pas l'origine de la maladie, nous ne savons pas de quelle façon se transmet, et nous ne savons pas si elle peut affecter l'homme. Ce dernier point est l'aspect le plus inquiétant du problème. Il n'y a aucune preuve montrant que des personnes puissent contracter la maladie, mais nous ne pouvons pas dire qu'il n'y ait pas de risque." Néanmoins, au cours des huit années qui suivirent, comités d'experts, ministres et fonctionnaires, - y compris deux médecins chefs - donnèrent au public l'assurance qu'il n'y avait aucun risque à consommer du boeuf. Officiels et ministres choisirent "une conduite dont l'objet était de rassurer". Le résultat, comme le rapport le souligne fut un sentiment de trahison une fois qu'il fut clair qu'il y avait un risque en réalité et que des gens mouraient de la nCJD. La confiance du public dans les communiqués du gouvernement fut complètement sapée, en témoignent les réactions du public vis à vis de l'introduction des cultures modifiées génétiquement.

Pour adopter cette stratégie destinée à rassurer le public, il apparaît que ce qui a guidé la conduite du Gouvernement fut qu'admettre un risque quelconque, même vague et éloigné, provoquerait une panique qui détournerait le public non seulement de la consommation de viande de boeuf, mais aussi des vaccins fabriqués à partir de produits dérivés provenant de cette espèce. "La crainte fut", remarque Phillips, "que le public ne réagisse à l'ESB de façon irrationnelle." D'où ce paradoxe que ministres et officiels mirent en place "les mesures les plus significatives de protection de la santé humaine, abattage obligatoire et incinération de tout bovin malade dès 1988 et interdiction de tout sous-produit d'origine bovine dès 1989, dans le même temps qu'ils niaient qu'il y eût quelque risque que ce soit. En un mot, la politique adoptée fut "paternaliste" : il y avait le souci de protéger le public, mais un manque de confiance en la capacité du public de prendre ses décisions lui-même.

Le rapport Phillips condamne cette attitude, un thème repris par nombre commentateurs des médias par la suite, - qui ont sauté sur l'occasion pour souligner l'importance de la liberté de l'information. Un des journaux affirma même, ce qui est quelque peu douteux, "qu'il y aurait beaucoup moins de morts à présent à cause de la nCJD sans cette "culture du secret" à Whitehall. Mais il faut aussi reconnaître que, même s'il ya des arguments accablants en faveur de plus de tranparence (open gouvernment), l'histoire de l'ESB montre bien les problèmes qui se posent.

Ministres et officiels n'avaient pas tout à fait tort de craindre des réactions irrationnelles. L'attitude du public à l'égard d'un risque donné sont souvent déconcertantes. Des informations sur des activités à haut risque peuvent être ignorées, comme le montre l'utilisation du tabac. Des informations sur des risques très faibles conduisent souvent à des réactions exagérées. La manière dont les médias martèlent l'information et la grosseur des titres n'aident pas à la clarification. Les exemples des contraceptifs par voie orale et la vaccination contre les oreillons montrent comment il est facile -et nuiisible à la fois- d'aboutir à des réactions exagérées par la diffusion d'une information sur une possibilité de risque mêmevague.

La conclusion générale qu'on peut tirer du rapport Phillips, en soulignant bien sûr l'importance de la santé publique, est que nous devons par conséquent penser à la manière de faire prendre conscience à la population d'un risque éventuel et d'aider les gens à interpréter toute information divulguée. Dans cette optique, les médias et l'école ont un rôle capital à jouer. Si nous voulons moins de "paternalisme" de la part de nos dirigeants, nous devons d'abord apprendre à nous éduquer nous-mêmes.


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